Les chevaux à l’église…

Dimanche 26 octobre 2008

Même si la concurrence calendaire est rude début novembre entre la Toussaint, Halloween et le 11 novembre, le jour que tous les chevaux attendent ;-) et pour lequel ils commencent d’ores et déjà à soigner leur poil, leurs sabots, natter leurs crins, bref à se mettre sur leur 31… c’est le 3 novembre !

Qu’y a-t-il le 3 novembre ? C’est la Saint Hubert ! Et ? Et ce jour-là, la tradition veut que l’on célèbre une messe pour bénir chevaux et chiens !

Quel merveilleux moment dans une vie de cavalier, croyant ou non, de conduire son cheval à l’église, enfin sur le parvis… les sabots tintent sur le pavé le temps que chacun s’aligne et puis c’est le silence. Le cheval entend sans doute les battements de cœur solennels de son cavalier. Il y répond par une attention particulière, tout le temps de la bénédiction. Parfois, les chiens se mêlent à la cérémonie. On entend alors ici et là quelques jappements, mais eux aussi sentent bien que l’heure n’est pas à l’insouciance.

D’où vient cette tradition qui se perpétue dans certaines paroisses ou à la demande de centres équestres ou d’écuries de veneurs ?

La légende de Saint-Hubert

Hubert, arrière-petit-fils de Clovis, était en l’an 683 un seigneur célèbre dans toute la Gaule. Il jouissait d’une belle renommée pour son intelligence, sa bonté, sa richesse, son air loyal, toujours souriant. Il avait délaissé la Neustrie où régnait la corruption pour vivre en Ardenne, chez son parent Pépin d’Heristal, puissant seigneur et maire du palais des rois d’Austrasie.

Si Hubert avait une réputation de grande sagesse, il était fin cavalier et avait aussi et surtout une irrésistible passion pour la chasse à courre.

Scène de chasse à courre, aquarelle, projet de fresque par Gabriel van Dievoet, vers 1900.

Ainsi, trop occupé de grande vénerie, il ne pratiquait aucune religion, ignorant messes et solennités religieuses. Chaque jour il partait à la chasse, parcourant la forêt, galopant entre les fourrés impénétrables peuplés de loups, de sangliers, de cerfs. Il ne rentrait à son château qu’à la nuit pleine.

Il croisait parfois, au pied de quelque chêne, des idoles que les païens croyaient habitées de nymphes. Il les ignorait, car s’il n’était pas chrétien, il n’était pas davantage païen, même s’il n’était pas loin de penser que cette forêt qu’il aimait tant possédât une âme, à l’image du reflet de la sienne, heureuse.

Le duc Hubert veillait à bien dresser ses rapides lévriers, ses énormes mâtins de Tartarie et ses griffons poilus, aimant voir sa meute dévaler les collines, courir sous les arbres dans les flamboyants rayons de soleil ou sous le grain des tempêtes. Il maniait avec dextérité hache, épieu, couteau ou épée, ne laissant aucune chance au gibier.

Un jour d’hiver, Hubert chassait à cheval. Le givre ornait les arbres, un brouillard épais flottait. Comme il commençait à chasser, un énorme cerf dix-cors tout blanc bondit d’un buisson et s’élança devant lui. Il se lança aussitôt à sa poursuite, au grand galop de son cheval jusque dans les profondeurs de la forêt. Après plusieurs heures de galop, le cerf courait toujours, infatigable, alors qu’Hubert était rompu.

Soudain, la course folle stoppa net. Dans un éclat de lumière en forme de croix, Hubert aperçut, entre les bois du cerf, l’image du Christ. Une voix s’éleva :

- Hubert ! Jusqu’à quand poursuivras-tu les animaux dans les forêts ? Jusqu’à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme ?

Hubert, saisi d’effroi, se jeta à terre et, comme Saint Paul, il interrogea la vision :

- Seigneur ! Que faut-il que je fasse ?

- Va auprès de Lambert, mon évêque à Maëstricht. Convertis-toi. Fais pénitence de tes pêchés ainsi qu’il te sera enseigné. Je te fais confiance afin que mon Eglise, en ces régions sauvages, soit par toi grandement fortifiée.

- Merci, ô Seigneur. Vous avez ma promesse. Je ferai pénitence puisque vous le voulez. Je saurai en toutes choses me montrer digne de vous.

Hubert, duc et maire du palais des rois d’Austrasie, tint parole. Il abandonna son palais, la chasse, et renonça à toutes les vanités de ce monde. Il habita un monastère élevé par Plectrude, femme de Pépin d’Heristal, et vécut dans la pauvreté. Après sept ans de cette vie austère, il fut appelé par le pape Saint-Serge à succéder à l’évêque de Maëstricht qui avait été massacré par des païens. En l’année 708, Hubert établit à Liège son siège épiscopal où il fit oeuvre pie, convertit de nombreux incroyants, encouragea la charité et mit en chaque lieu des échevins car il aimait les humbles.

Souffrant d’une douleur lancinante que rien ne pouvait soulager, il se sentit rapidement dépérir. C’est alors qu’un ange lui apparut en songe lui annonçant la proche issue de sa vie terrestre.

Longtemps après la mort de Saint-Hubert, un jour, le troisième du mois de novembre, deux seigneurs ardennais chassaient dans la forêt voisine d’Andage. Bien qu’ayant battu et rebattu la forêt, ils ne trouvaient trace d’aucun gibier. Dépités, ils se souvinrent qu’ils étaient dans la forêt préférée de Saint-Hubert du temps où il chassait. Ils firent alors vœu de lui offrir le premier animal qu’ils tueraient. Aussitôt, leurs chiens lancèrent un énorme sanglier. La meute entraîna ainsi chevaux et chasseurs jusque sous les murs du monastère de Saint-Hubert.

Là, le sanglier s’immobilisa comme s’il s’offrait aux coups des chasseurs qui ne le manquèrent pas. Heureux d’avoir abattu une telle pièce, les seigneurs donnèrent l’ordre d’enlever le sanglier, oubliant leur promesse. Aussitôt, l’animal se redressa,  furieux d’être ainsi soustrait à sa pieuse destination. Il bondit et disparut. Les chasseurs furent remplis d’épouvante et de remord.

C’est depuis ce jour que le 3 novembre est dédié à la fête de Saint-Hubert. Ce jour-là, de grandes chasses sont organisées en l’honneur du saint. Les cors sonnent, les prêtres disent la messe, bénissent chevaux et chiens. Le plus jeune chasseur fait la quête offrant le pavillon de son cor retourné où pendant longtemps chacun lançait des pièces d’or. Le premier gibier tué lors de cette chasse est offert à Hubert en souvenir de sa passion pour la vénerie.

Aujourd’hui, certains prêtres bénissent encore chiens et chevaux, ou tous autres animaux qui lui sont amenés, à la fois pour fêter la nature, et parce qu’ils contribuent à l’épanouissement de la vie affective des humains.

Histoire et usages, Toutes | 1 commentaire

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Une réponse pour “Les chevaux à l’église…”

  1. 01

    On fête la st hubert aussi en Belgique, à Beauvoorde où des chevaux, des calèches et des cavaliers ont défilé. A l’arrivée à une ferme on a même servi une soupe campagnarde ! Une fête bien sympa et même si on n’aime pas la chasse merci de faire connaitre l’histoire de cette tradition. Aujourd’hui c’est effectivement une marque de respect pour la nature et les animaux.

    Par Camille le Samedi 1 novembre 2008 à 8:53
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