Le carrousel de chevaux de bois quitte la Tour Eiffel

Mardi 3 août 2010

Depuis 24 ans, les chevaux de bois du Carrousel de la Tour Eiffel observaient les touristes venus rendre visite à la Dame de Fer, sa voisine. Combien de millions de personnes ces chevaux de bois ont-ils pu observer du coin de l’œil, tout en faisant tourner leurs jeunes cavaliers pour quelques minutes de joie ?

Mais ils ont dû lever le camp, quasi manu militari…le manège tombant sous le coup d’une procédure d’expulsion. Son propriétaire avait été chercher son manège en Espagne, en 1970. Un vrai carrousel à l’ancienne, avec 36 chevaux qui montent et descendent.

Mais quelle est l’histoire de ces manèges où les chevaux sont rois ? Il faut savoir que les tous premiers carrousels faisaient tourner de vrais animaux autour d’un piquet. Les premiers signes d’une utilisation d’animaux tournant ainsi pour le loisir, remonte à l’Empire byzantin.

En Italie, à la fin du XVIème siècle, cette forme de manège remplace les tournois considérés comme trop violents. En France, on retrouve le premier carrousel officiel en 1605. Après la révolution, les chevaux sont remplacés par des reproductions en bois. Le plus ancien carrousel européen encore en état de marche se trouve à Prague dans le parc Letna.

Un carrousel tourne généralement dans le sens de la conduite des voitures sur la chaussée. En France et aux Etats-Unis, leur sens de rotation est senestre (qui vient du latin sinister signifiant gauche, par opposition à dextre). Par contre, les britanniques tournent dans l’autre sens, car ils se doivent de monter de la bonne manière, c’est-à-dire en mettant le pied gauche dans l’étrier et en passant la jambe droite par-dessus la croupe du cheval.

On ne peut dissocier le manège de sa musique ! Généralement, des orgues de barbarie. Même si Paul Verlaine, dans son poème, évoque les hautbois et le piston :

Chevaux de bois

Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.

Le gros soldat, la plus grosse bonne
Sont sur vos dos comme dans leur chambre,
Car en ce jour au bois de la Cambre
Les maîtres sont tous deux en personne.

Tournez, tournez, chevaux de leur cœur,
Tandis qu’autour de tous vos tournois

Clignote l’œil du filou sournois,
Tournez au son du piston vainqueur.

C’est ravissant comme ça vous soûle
D’aller ainsi dans ce cirque bête :
Bien dans le ventre et mal dans la tête,
Du mal en masse et du bien en foule.

Tournez, tournez sans qu’il soit besoin
D’user jamais de nuls éperons
Pour commander à vos galops ronds,
Tournez, tournez, sans espoir de foin.

Et dépêchez, chevaux de leur âme :
Déjà voici que la nuit qui tombe
Va réunir pigeon et colombe
Loin de la foire et loin de madame.

Tournez, tournez ! Le ciel en velours
D’astres en or se vête lentement.
Voici partir l’amante et l’amant.
Tournez au son joyeux des tambours !

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